Ceux qui se sont évaporés

Texte Rébecca Déraspe
Création en France

Qui n’a jamais rêvé de disparaître, ne serait-ce qu’un instant ? De s’évaporer ? De tout quitter pour échapper à une identité et à ce que les autres y projettent ?

A partir de la disparition volontaire d'une jeune femme, Rébecca Déraspe explore les multiples visages de nos enfermements. Tramant différentes approches dramaturgiques, avec beaucoup d'humour et d'émotion, elle déconstruit les mécanismes familiaux, sociaux et culturels qui façonnent les individus au point de les perdre dans des identités fabriquées par d'autres.

Un oratorio qui célèbre l’unicité de chaque être, son mystère et sa singularité.

Photos Bastien Capela (1- 5) et Marie Charbonnier (6-8)

Rébecca Déraspe 


Rébecca Déraspe a complété le programme d’écriture dramatique de l’École nationale de théâtre du Canada en mai 2010. Elle est l’autrice de plusieurs pièces jouées et traduites à travers le monde dont Le merveilleux voyage d’Inès de l’Ouest, Faire crier les murs, Les Glaces, Les filles du Saint-Laurent, Ceux qui se sont évaporés, Fuir le fléau, Deux ans de votre vie, Plus que toi, Peau d’ours, Gamètes, Nino, Fanny, Je suis William, Le merveilleux voyage de Réal de Montréal, Partout ailleurs et Nos petits doigts. Elle a également fait l’adaptation théâtrale de Féministe pour Homme, La nuit des rois, Une maison de poupées et Roméo & Juliette. Elle a remporté le prix de la critique « Meilleur spectacle jeune public 2018 » pour sa pièce Je suis William, meilleur texte dramatique Montréal 2017 pour sa pièce Gamètes et le prix BMO auteur dramatique 2010 pour sa pièce Deux ans de votre vie. Sa pièce Je suis William était récompensée de nouveau en 2019 par le prix Louise-Lahaye, remis par le CEAD. En 2020, elle est lauréate du Prix Michel-Tremblay, de la fondation du CEAD, pour sa pièce Ceux qui se sont évaporés. En 2023, elle est à nouveau lauréate du Prix Michel-Tremblay pour sa pièce Les Glaces. En parallèle de son travail d’autrice dramatique, elle anime des séries documentaires sur divers sujets de société, dont le féminisme et la langue française. Son travail est traduit et joué à travers le monde.

Note d'intention

Une langue organique

La pièce est construite comme un kaléidoscope, où l’on traverse les événements marquants de la vie d’Emma, la préparation de son évasion puis son absence. Rébecca Déraspe multiplie les points de vue, temporalités, mais aussi les formes narratives (slam, ellipses, répétitions, suspension, noms transformés en verbes, monologues, dialogues, chants, textes écrits, témoignages…) pour remonter le fil de l’histoire d’Emma. C’est par touches, sensations que nous reconstituons le puzzle de cette disparition et de ses répercussions. Les personnages, à la fois acteurs, spectateurs et narrateurs composent un d’oratorio sans musique, dans une langue libre, surprenante, organique et qui offre au spectateur une grande liberté.

 

Au-delà de l’intime, un portrait sans concession de notre époque

Sur la page de son texte qui présente ses personnages, Rébecca Déraspe décrit « Il y a la mère, le père, le conjoint, les amis, les autres. Ceux qui font en sorte que Emma se constitue en tant qu’Emma. » 

Dès le début, le drame personnel est annoncé : à force de vouloir être ce que son environnement attend / espère / projette, Emma se perd dans des identités fabriquées par d’autres pour elle. Elle devient un être universel, un réceptacle à valeurs sociales et familiales : une fille reconnaissante, une femme moderne, une épouse attentionnée, une mère attentive, une infirmière dévouée… En quelque sorte une personne bien comme il faut, mais dépossédé de son mystère. 

 

Chaque renonciation à une partie de soi-même est une forme de disparition. La disparition physique d’Emma n’est que la conséquence de son essence qui s’est évaporée, à force de renoncements et d’effacements successifs.

 

A travers son quotidien et celui sa famille, l’autrice traque ces instants de renonciation.

 

Elle ne porte aucun jugement sur la radicalité de la décision d’Emma, mais ne tait rien non plus du deuil de celles et ceux qui restent. Derrière le drame intime et familial, c’est bien notre « ultra moderne » société contemporaine qui se dessine, qui formate les êtres, laisse peu de place à leur mystère et finalement enfante des fantômes.

Une pièce d’une infinie tendresse 

Rébecca Déraspe a une infinie tendresse pour ses personnages. Il y a une bienveillance qui traverse l’ensemble de la pièce. Elle orchestre un ballet de solitaires qui œuvrent à leur survie en composant comme ils peuvent avec leur histoire et le monde qui les entoure. 

Elle devient par contre redoutable et souvent irrésistiblement drôle lorsqu’elle universalise les figures qui ponctuent et conditionnent nos vies.  Elle donne chair et corps aux réseaux sociaux, au « milieu de travail », à « l’amie de classe moyenne ayant grandie », à « la dame qui sait » ou encore à « l’ami d’un ami qui a déjà pris une bière dans le même bar que Emma »… Elle constitue ainsi un chœur de la rumeur publique aux multiples voix et aux conséquences souvent redoutables.

Elle est tendre avec ce que chacun est individuellement, mais redoutable avec ce que nous produisons collectivement.

 

Un drame qui prend souvent des airs de comédie

Rébecca Déraspe porte un regard décalé sur nos habitudes quotidiennes, nos névroses, nos rituels familiaux, nos incompréhensions. Il y a beaucoup de légèreté dans le portrait de cette famille. L’autrice garde une distance amusée avec ce qui façonne notre lien aux autres. Mais cette distance s’effrite progressivement, et ce qui semblait être drôle et inoffensif devient un terreau d’isolement et d’enfermement. L’émotion et la gravité nous saisissent délicatement mais fermement, pour au final ne plus nous lâcher.


Rompre le cycle les silences

Chacun est une synthèse complexe d’une histoire collective, familiale et individuelle, histoire souvent transmise en partie inconsciemment ou sous forme de non-dits. Cette absence de mots dans la culture que nous héritons fige certains modèles que chacun reproduit malgré-lui, puisque jamais ouvertement interrogés. Ce silence est aussi un espace infini à fantasmes, ou chacun projette ce qu’il croit être la réalité.

 

Dans le progressif effacement d’Emma, qu’est-ce qui relève réellement du monde dans lequel elle vit et qu’est-ce qui relève de ce qu’elle fantasme de ce monde-là. 

 

La bouleversante scène finale de la pièce où Nina, la fille d’Emma, brise enfin le silence qu’on lui a imposé, semble suggérer que d’autres modèles et d’autres mondes sont possibles.

 

Ceux qui se sont évaporés est un chant qui célèbre l’unicité de chaque être, son mystère et sa singularité.

Conserver le texte original

Écrite en français québécois, j’ai fait le choix, à quelques détails près, de ne pas l’adapter et de ne surtout pas demander aux comédiens de reproduire les sonorités de la langue originale. La pièce devient ainsi une langue théâtrale en soi, que l’on peut mâcher, s'approprier, faire sienne. Aux acteurs de trouver leur phrasé, leur souffle, leur rythmique pour permettre à cette langue de se déployer pleinement. Une étrangeté magnifique, poétique et théâtralement très riche.


La mémoire

Pour la scénographie, avec Bastien Capela et Lucie Joliot, nous avons imaginé un espace qui pourrait être la mémoire. Ce qui a existé et ce qui aurait pu exister, ce que l’on voit et ce que l’on croit avoir vu, ce dont on se souvient et ce que l’on reconstitue. Un espace fait de réalités et de sensations, en mouvement permanent, qui brouille les perceptions et fait exister le huitième acteur / narrateur de notre histoire : le mot écrit.

Fabian Chappuis 

Bande annonce

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Distribution

Il y a Emma ; une femme dans la jeune trentaine : Elisabeth Ventura

Il y a Nina, la fille d’Emma ; elle grandira : Chloé Ploton

Il y a la mère Anne Coutureau
le père Laurent d’Olce
le copain Olivier Martial
les amis, les autres Camillle de Sablet, Benjamin Penamaria
ceux qui font en sorte que Emma se constitue en tant qu’Emma. 

 

Il y a les possibilités. Ce qui n’est pas identifié. Ce qui existe de façon prévisible ou imprévisible. Il faut en faire ce que l’on veut. 

Équipe de création

mise en scène et scénographie Fabian Chappuis
collaboration artistique Taïdir Ouazine
lumière et collaboration scénographie Lucie Joliot
vidéo Bastien Capela
musique Cyril Romoli, Daniel Guichard, Marjo
régie Sven Küffer
construction structure métal Arie Hogendoorn


presse Isabelle Murarour et Jean-Philippe Rigaud
Diffusion Elodie Kugelmann +33 (0)6 62 32 96 15

Production Compagnie Orten, coproduction Théâtre Victor Hugo, scène des arts du geste de Bagneux / EPT Vallée Sud Grand Paris, avec le soutien du Théâtre Paris Villette, de Oui - Festival de théâtre en français de Barcelone, de l'Adami, de la Spédidam et la participation artistique du Jeune Théâtre National. Accueil en résidence Grand Parquet, maison d’artistes du Théâtre Paris-Villette, Maison du Théâtre de la Danse d’Epinay-sur-Seine, Chaudron du Othe-Armance Festival, Maison du Conte de Chevilly Larue. Remerciements à la Compagnie du Catogan.

Le texte sera édité aux Éditions Les Cygnes

Extraits de la revue de presse

Une enquête exaltante pour explorer les multiples visages de nos enfermements.
Tel un oratorio, le récit choral nous fait ainsi naviguer entre les injonctions sociétales, culturelles et familiales, souvent avec humour et sans jamais perdre les spectateurs. Le labyrinthe mental dans lequel sont pris les personnages trouve son miroir dans l’espace scénique, ingénieusement éclairé par Lucie Joliot  Vient enfin la disparition d’Emma. Petit à petit son souvenir s’efface et il ne reste qu’un vide immense, et des questions. Clémence Blanche - La Croix

Fabian Chapuis a réalisé une dramaturgie à la hauteur de cette tragédie qui fait froid dans le dos. Le spectateur reste tétanisé devant l’ampleur de cette problématique et vit avec Emma un itinéraire tracé où elle demeure prisonnière. Les comédiens, tous excellents, nous présentent les deux faces d’une même problématique, d’une histoire qui se répète à l’envie chaque année. Laurent Schteiner - Sur les planches

L’ensemble des comédiennes et comédiens trouve le ton juste, à mi-chemin entre la distance naturelle, imposée par la forme plurielle du texte, et l’incarnation, comme creuset d’une émotion où condamnation et compréhension, empathie pour l’une et compassion pour les autres ne cessent de s’affronter pour, finalement, en venir à se confondre. Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Fabian Chapuis s’empare du texte de Rébecca Déraspe avec un mélange de délicatesse et de force qui nous ébranle dans nos certitudes. Il nous rend cette femme si proche de nos univers intimes et de nos questionnements qu’on se retrouve percuté dans nos certitudes. Jean-Pierre Hané - Culture Tops

Les comédien.ne.s portent ce magnifique récit pluriel avec tous les talents que nous leur connaissons. En harmonie avec la langue et le jeu, la mise en scène de Fabian Chappuis est très belle. Dans un jeu de miroirs et de tiroirs qu’on ouvre et qu’on referme, il déroule son spectacle qui réveille en nous bien des questionnements sur le sens de nos vies. Marie-Céline Nivière - L'Oeil d'Olivier

Quelques dates

24 mars 2022  : Sortie de résidence au Théâtre Paris-Villette
16 septembre 2022  : Présentation de maquette au Théâtre Paris-Villette